Ses aquarelles

En 1925 Charles Rennie Mackintosh s’installe à Port-Vendres. Il y passera, selon lui, les années les plus heureuses de sa vie. Sa carrière d’architecte et de designer est derrière lui et il va consacrer le reste de sa vie à la peinture de paysages : bâtiments isolés, petits villages, coins de rue ; paysages de littoral ou de montagne seront désormais ses sujets favoris.

A cette époque, Mackintosh possède une technique d’aquarelliste réaliste confirmée, technique qu’il avait élaborée lors d’un voyage à Walberswick en Angleterre, pendant lequel sens du détail et rendu de la lumière étaient déjà ses priorités.

Son style avait changé vers 1893 sous l’influence d’un groupe d’artistes, les « Immortals » dont faisaient partie les sœurs Macdonald. A des aquarelles figuratives avaient succédé des aquarelles d’inspiration symboliste. Beaucoup de celles de cette période sont connues pour leur haut niveau de stylisation proche de l’abstraction. Il faut replacer ces œuvres dans le contexte du symbolisme ambiant de l’époque – on peut y voir l’influence d’Aubrey Beardsley, de Jan Toorop et de Gustav Klimt…

A partir de 1900, Mackintosh continua de faire des études des fleurs. Son sens du détail s’y concrétise dans une grande précision botanique. A Walberswick, il avait le projet de réaliser un portfolio qui devait être édité en Allemagne, projet interrompu par la déclaration de guerre. Ces aquarelles florales sont remarquables par la façon dont Mackintosh découpe son sujet en une multitude de surfaces colorées qui rendent à merveille le scintillement de la lumière, le tout réalisé d’une main plus sûre que dans les œuvres symbolistes antérieures.

La technique de Mackintosh est des plus classiques. Le principe de l’aquarelle est la transparence des couleurs sur le fond clair (généralement blanc) du papier, laissé souvent en réserve sur certaines parties. La réussite de l’aquarelle tient à la nature appropriée du papier et à la justesse du dosage entre les pigments et l’eau. La difficulté réside dans le fait que l’aquarelle ne supporte pas les reprises.

Les aquarelles de Mackintosh sont très influencées par son travail d’architecte, sensible à l’articulation des volumes. Le côté graphique y prédomine. Aux lignes droites répond un savant dosage de courbes. Les ombres sont très marquées avec ce qu’elles engendrent de surfaces variées en forme et en grandeur. En coloriste, Mackintosh juxtapose les plans de couleur. Il travaillait toujours sur le motif, mais prenait parfois des libertés avec celui-ci. Certaines aquarelles se présentent ainsi comme un « assemblage » de deux points de vue différents.

La structure organique, très présente dans les paysages minéraux de Port-Vendres, le fascinait. Son travail très détaillé sur les rochers a un équivalent dans l’étude des reflets sur l’eau qu’il peignait avec une grande application en les décomposant en une infinité de surfaces.

La composition de ses aquarelles est toujours soigneusement pensée. Certaines ne comportent pas de ciel (Mont Alba 1924, La Ville 1926, A Southern Town 1924). Cette alchimie entre le graphisme et la couleur fait que l’on reconnait immédiatement une aquarelle de Mackintosh.

On peut observer pour terminer que la présence humaine est quasi inexistante dans les paysages de Mackintosh, ce qui les rend silencieux et, du fait de l’extrême acuité de son regard, paradoxalement presque irréels.

Port Vendres – La rue du soleil

Mont Alba

Collioure – a southern town

Port Vendres – La ville